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La vie d'un trolleybus de la ligne 4

Écrit par webmaster. Posté le Dimanche 12 décembre 2010 @ 15:17:25 par webmaster
Shoubi nous fait partager sa petite découverte dans le magazine gratuit Lyon Citoyen. A la page 42 de celui-ci, on peut lire un texte très bien écrit, raconté par un Cristalis lui-même, sur le déroulement de sa journée.

Voux trouverez ci-dessous le texte dans son intégralité. 

Merci à Lyon Citoyen et à l'auteur de cet article pour cette magnifique prose.



J'ai un ticket avec la ville...

Sans dire de rouler des mécaniques, entre le Lyon qui se lève tôt et celui qui se couche tard, moi, je ne me repose quasiment jamais. Vingt heures de traversée urbaine dans les pattes tous les jours ! Nom de code : Cristalis. Je suis un trolleybus de la ligne 4 et je vous embarque, tous, pour une journée ordinaire. Extra...

ll est 4 heures., mon dépôt s'éveille. Blotti contre mes 90 camarades coincés façon sardines au bercail de la rue d'Alsace, je sens déjà les chatouilles des premiers conducteurs qui se faufilent le long de mes flancs.
Chacun doit atteindre le bus que le coordinateur vient de lui attribuer. Ma porte avant s'entrebâille. Et les doux effluves d'un petit café rapidement avalé précèdent la montée de mon..., oh pardon : de ma conductrice du petit matin. Je la connais, c'est elle qui trouve mon siège un peu "raide" - on a tous nos petits défauts - mais ça va, elle conduit plutôt cool et son franc-parler passe bien avec les clients.

Le dépôt s'ébranle. Les moteurs tournent. Il faut que tout le monde puisse sortir dans les temps, direction les 9 lignes gérées par notre unité. Une sortie millimétrée, presque chorégraphiée pour que s'ouvre sur la scène urbaine, complice, notre inlassable ballet.

Anne-Marie installe ses petites affaires, s'empare des commandes et nous plonge dans la ville endormie. Petit moment d'intimité, de calme absolu avant la tempête urbaine, les marées humaines et 200 km de traversées Nord-Sud entre Amphi 3000 et Jean-Macé. 

Vies en tranches !

Arrivé sur la ligne, toutes les lumières de l'habitacle s'allument pour les premiers voyageurs qui m'attendent. Le timide «bonjour» de ceux qui partent déjà bosser croise le «bonsoir» aussi bruyant que décalé de fêtards qui font du premier bus le dernier de la journée. S'opère alors la magie de mon petit chez moi, théâtre ambulant d'une vie aux combinaisons infinies pour tous les acteurs de la cité. Arrêt sur image et fines tranches de vies, le rythme urbain se fige ici l'espace d'un pratique et petit bout de chemin. Grand écart social, mosaïque d'humeurs, catalogue de comportements, échantillons de vies., le scénario s'écrit au fil du parcours, des montées, des descentes, du conducteur et des 8 000 "figurants" qui se bousculent, s'observent, se chamaillent ou s'ignorent en fonction des endroits, des heures de pointes ou des aléas du trafic.

Malmené de l'intérieur, rarement chouchouté et parfois vandalisé, je ne suis pas vraiment ménagé. Surtoutqu'il faut aussi se frotter au monde extérieur.

Trottoirs, voitures, vélos, camions, bouchons, manifestations, livraisons, travaux - j'en passe et des meilleures - n'arrangent rien à mes petits problèmes de santé. Mécanique solide mais usée par la ville, je passe en révision complète tous les trois mois jusqu'à l'âge d'une retraite fixée aux alentours de 700 000 kilomètres. Bref, Anne-Marie m'a quitté vers 11h et depuis, deux autres chauffeurs se sont relayés au volant.

Pas d'incident majeur, juste quelques fraudeurs gérés par le service d'intervention, un petit contournement et une régulation horaire indiqués par notre PC central qui garde, via mon GPS et une gestion informatique de pointe, un oeil bienveillant sur le bon déroulement de ma journée comme sur celle des 
1 000 bus de tout le réseau lyonnais.

On rentre. 

Les sorties de ciné, de restos ou du casino m'ont livré mes derniers clients. Discussions plutôt sympas, ambiance détendue et 
dernière dépose. 1h30, je souffle un grand coup. Michel aussi. Dernier conducteur du jour, ou plutôt de la nuit, il me reconduit au dépôt. Petite douche sous rouleaux géants, quelques manoeuvres périlleuses et me revoilà bien rangé au chausse-pied.

Michel complète le carnet de bord, indique la défaillance de mon essuie-glace et disparaît.
Un mécano va passer en revue les annotations et intervenir. Pour l'instant, les équipes de nettoyage sont déjà au boulot.

Journaux gratuits, petits graffitis ou résidus en tout genre : le gros du ménage n'est pas un luxe. A peine le temps d'avoir 
une petite pensée pour la famille, 2 344 collaborateurs à la direction bus (Keolis Lyon compte 4 300 salariés au total) dont 
60 % de conducteurs, 143 millions de voyages annuels, 38,2 millions de kilomètres (dont 3,7 de trolleybus), un parc d'un 
millier de véhicules (dont 120 trolleybus), 6 dépôts, 92 lignes régulières, 98 lignes scolaires (Junior Direct), 1 538 abribus et 
1 824 poteaux d'arrêt, plus de 85 kilomètresde couloirs de circulation.

Il est 4 heures, mon dépôt s'éveille.


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